Saintélyon 2006

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Pour bien comprendre ma course, je dois préciser le contexte dans lequel celle-ci s’est déroulée.
J’ai eu beaucoup de boulot cette semaine, j’ai aussi accumulé pas mal d’heures de sommeil de retard. Je n’ais dormi que 6h dans la nuit de vendredi à samedi. Bref, quand je quitte les cours samedi à 16h30 je suis déjà bien naze. Je passe chez moi pour récupérer mes affaires et hop, direction la gare de Lyon pour prendre le TGV de 19h qui va m’emmener à St Etienne.
Surprise, alors que je prépare mon repas pour le voyage, je tombe sur Alexandre qui est à la place juste derrière moi. Nous échangeons quelques mots. D’ailleurs nous ne sommes pas les seuls, car à notre étage, nous 4 personnes à se rendre à la Saintélyon. Le trajet ne dure que 2h45, mais j’essaie d’en profiter pour me reposer un peu…en vain. Impossible de trouver le sommeil. Pourtant je baille tant que je peux, mais l’excitation de la course doit faire son effet. A notre passage par Lyon, nous emmenons plein de coureurs. C’est la première fois que je rencontre cette ambiance dans un TGV. D’habitude c’est costard cravate, ici c’est PETZL, Salomon, Camelback et Gore-Tex…ça met directement dans l’ambiance.

Nous arrivons finalement à St Etienne, et sans connaître la ville nous nous rendons au centre de course en suivant le flot de coureurs.

L’arrivée au parc des expositions de St Etienne est grandiose. Un hall immense rempli de coureurs. Il y en a de partout : par terre, dans les gradins. C’est vraiment le bordel et je trouve ça excellent. Genre le Woodstock de la course à pied. Et la nuit qui donne cette ambiance si particulière… Au centre de la salle, un grand panneau d’affichage avec la liste des participants : 7500 c’est énorme. Sur un coté, les stands des partenaires Petzl et Nike Run. Sur le stand Petzl, il y a un gars qui jongle avec des piolets d’alpinisme : c’est sûr… nous sommes dans un autre monde.

Je vérifie mon numéro de dossard : 372. Je le savais, mais c’est histoire de me rassurer. Comme d’habitude, dans ces moments là, on cherche qu’est ce qui pourrait nous porter bonheur dans notre numéro de dossard. Moi mon numéro c’est le 3. Le calcul est vite fait : le premier numéro est 3, ensuite il y 7+2=9, or 9=3*3. Donc que du bonheur en perspective ;-)

Finit les calculs à la con, il faut que je récupère vite fait mon dossard, car vu le nombre de coureurs, je crains d’attendre un bon bout de temps. Finalement, 3 minutes auront suffit. Je dois dire qu’ici comme tout le long de la course, l’organisation a été excellente.
En deux minutes j’ai aussi perdu Alexandre dans la foule… et vu le nombre de personnes ça ne sert à rien de chercher quelqu’un. Autant chercher un coureur dans le hall de départ de la Saintélyon (nouvelle expression).

Du coup je me pose où je peux, en plein milieu de la salle pour me préparer. Je mets ma tenue, mes chaussures, je prépare mon sac, mes barres et gels énergétiques. Je vais ensuite déposer mon sac pour que les bus le descendent à Lyon. Une nouvelle fois c’est vite fait, bien fait. Il me reste encore ¾ d’heures avant le départ. Je ma ballade dans le hall à la recherche de têtes connues…en vain. J’écoute aussi le speaker qui est grande forme ce soir. Le départ des relayeurs à 23h45 est énorme, il y a vraiment du monde c’est impressionnant.

Ensuite c’est notre tour. En me rendant sur la ligne de départ je jette un coup d’œil à mon portable : sms de ma sœur « bonne chance !! », un coup de fil à Hélène « c’est bientôt l’heure, je t’appelle au deuxième ravito ».
Je vais me placer sur la ligne de départ (réellement, je suis 300 mètres derrière la ligne tellement qu’il y a de monde. C’est hallucinant, c’est la première fois que vois autant de monde sur une course, en plus de nuit c’est énorme.
Le départ est rapidement donné. Il me faut 3’30 avant de passer sous l’arche de départ. Je me suis volontairement placé en milieu de peloton pour éviter de partir trop vite. Mon objectif étant de terminer entre 7 et 8 heures, je veux garder des forces pour faire une course propre.

St Etienne – Sorbiers (7 km – 7 km)
Le départ est (enfin) donné. Depuis le temps que j’attendais ce moment. Je profite au maximum de l’ambiance de ce début de course. Il fait beau, il ne fait pas froid. Toutes les conditions sont réunies pour passer un bon moment. Les 7 premiers km jusqu’au premier ravitaillement sont parmi les moins beaux de la course. Nous quittons St Etienne en passant par de larges routes. C’est 100% goudron pour le moment. Mais cela permet de s’échauffer tranquillement.
En arrivant, je décide de zapper ce ravito : trop de monde, pas assez de distance parcourue.

Sorbiers – St Christo en Jarez (7 km – 15 km)
L’avantage d’avoir zappé ce ravito, c’est que je n’ais pas perdu le rythme et j’ai enchainé tranquillement la belle montée qui suivait cette pause. Déjà le terrain change : la route devient plus étroite, le bitume laisse la place aux chemins et la lumière de nos frontales vient remplacer celle des lampadaires.
Pour le moment je suis vraiment bien. Je passe toutes les côtes tranquillement, sans jamais changer de rythme, sans forcer. En arrivant sur les premières crêtes c’est magnifique. Devant et derrière la succession des coureurs avec leurs lampes frontales forme une sorte de flux lumineux qui monte, descend et tourne au grès des chemins. J’aurais aimé pouvoir immortaliser cette vision, mais impossible car je n’avais pas d’appareil et les photos prises par les participants rendent mal l’effet visuel. Rien que pour cela, ça vaut le coup de faire la Saintélyon. Cette deuxième section se déroule tranquillement, je me sens bien. En arrivant à St Christo en Jarez il y a du monde et beaucoup d’effervescence autour de ce premier relais (pour les relayeurs bien sûr). Nous tournons autour du stade de foot, nous passons sur le tapis électronique qui enregistre nos temps. Ensuite j’effectue un passage rapide au ravitaillement pour boire un thé, puis c’est repartit. Il y a trop de monde au ravito, c’est un peu la cohue, je préfère ne pas traîner.

St Christo en Jarez – Moreau (6 km – 21,5km)
Dans cette troisième section, nous effectuons la dernière grande partie de montée. Sans changer de rythme j’attaque les montées et mes bonnes sensations sont toujours présentes. Je cours à mon rythme, je me fais plaisir et je profite tout simplement.
Moreau est le point culminant de la course, maintenant je vais pouvoir envoyer du gros dans la descente (miam miam).

Moreau – Ste Catherine (7km – 28 km)
Un thé plus tard, j’attaque la descente vers Ste Catherine. Je laisse dérouler dans la descente. Je me sens encore bien. Nous passons par des endroits assez techniques et les nombreux coureurs qui nous ont précédés ont bien labouré le terrain. Certains passages sont vraiment casse gueule.
Je n’ais pas vu passer cette section. Je pense que j’étais extrêmement concentré sur le terrain pour ne pas me blesser.
Juste avant d’arriver sur Ste Catherine les premières goûtes de pluie ont fait leur apparition. Je n’ais pas pris le soin d’enfiler ma veste, j’ai préféré attendre le ravito juste en dessous. En arrivant, j’enfile directement ma gore-tex car la pluie est assez froide. A ce moment on commence à prendre conscience qu’il est tard. C’est aussi le moment ou j’ai commencé a sentir la fatigue. Pas la fatigue musculaire, mais le manque de sommeil. Je prends un peu plus de temps à ce ravito. J’avale deux thés, une demie barre de Maxim. Puis je repars pour ne pas prendre froid.

Ste Catherine – St Genoux (7,5 km – 35 km)
C’est maintenant le début pour moi d’un calvaire d’une vingtaine de bornes qui commence. Alors que je suis plutôt bien physiquement, je manque complètement de sommeil. A plusieurs reprises je me surprends en train de m’endormir. Jusque là j’avais entendu ces histoires dans des récits de raids ou de très grandes courses de plusieurs jours. Et là je suis moi-même confronté à ce problème. Deux fois de suite j’ouvre les yeux en sursaut alors que je suis en train de trottiner. J’imagine que ce sont des pertes de consciences d’une ou deux secondes, mais c’est très impressionnant et assez effrayant. Je décide alors de sortir mes bâtons pour m’assurer et prendre appui dessus. Je ne veux surtout pas me blesser. Je décide de marcher. Je vois beaucoup de monde qui me double, mais dans ces descentes, je ne suis pas assez lucide pour courir. Le fait de marcher ralenti considérablement ma progression.
Ma course se transforme radicalement. Alors que j’étais plutôt bien dans la première partie, je suis maintenant en vrac sur le bord du chemin. Je me frotte les yeux et le visage pour me maintenir éveillé. A plusieurs reprises je manque de tomber dans le fossé.
Et dans ce moment difficile, une foule de pensée négatives me viennent : abandonner ? arrêter au prochain ravito et dormir puis rentrer en navette ? C’est terrible car pendant près de 3 bornes je ne pensais plus au chemin ni à la course, mais uniquement à l’abandon. Qu’est ce que j’allais dire à mes amis, à ma famille ? Ils ne m’en voudront pas si j’abandonne, car ils ne veulent pas que je risque ma santé en course… Bref toutes ces questions m’ont occupé l’esprit pendant les derniers kilomètres qui me séparaient du ravitaillement de St Genoux.
Finalement j’arrive à St Genoux entier et en marchant. La lumière des projecteurs me sort de mon sommeil. Le monde aussi qui est agglutiné dans l’unique tente de ravitaillement me réveille. Je commence a faire la queue pour aller au fond de la tente pour attraper un thé chaud qui m’aurait fait du bien. Mais il y a tellement de monde que ça bouchonne. Finalement, je n’ais pas le courage de tenir jusqu’au bout, j’attrape quelques tranches de saucisson, puis je ressors. Je fais remplir mon Camelback puis je me pose quelques minutes le temps de manger et de réfléchir un peu.
C’est rapidement réfléchit. Ici ça caille, d’après ma feuille de route il ne reste que 22 bornes avant d’arriver. Je vais donc continuer, au pire en marchant. Je veux terminer.

St Genoux – Soucieux en Jarest (9,5 km – 44,5 km)
Je repars donc dans la nuit. Au début ça ne va pas trop mal. La ravitaillement m’a permis de me réveiller un peu. Et comme il fait très froid ma seule hâte est de repartir. Je profite de ce moment pour trottiner un peu, histoire de limiter la casse.
Mais très vite ces bonnes sensations disparaissent pour le même état d’endormissement qu’avant. Je me mets alors en mode « dodo » (= marche très lente avec bâtons).
J’avance sans réfléchir, je suis complètement explosé. Cette section est interminable je veux en finir.
En arrivant, je regarde ma feuille de route, il reste 14 km. J’en peux plus mais je vais quand même essayer de terminer tranquillement.
Je vais au ravitaillement, je chope du thé, du saucisson, du thé, du saucisson. C’est dingue comme le saucisson est agréable a manger quand on en a marre du sucré et de toutes ces barres énergétiques…
En échangeant quelques mots avec les autres coureurs qui sont avec moi, j’apprends qu’il reste en fait 22 bornes.
Pfff j’me suis planté en faisans ma feuille de route. 22 c’est trop, je ne vais pas pouvoir terminer dans l’état dans lequel je suis.
Je me dirige vers un membre de l’organisation, je lui demande à quelle heure son les navettes pour Lyon, il me répond 8h. Il est 6h ; si j’attends deux heures, je vais mourir de froid, autant marcher.
Je repars donc sur le chemin, tranquillement en prenant mon mal en patience. De toute manière je n’ais pas d’autre solution. C’est ridicule d’attendre deux heures pour prendre une navette (a moins d’être blessé). Finalement j’ai eu un gros coup de fatigue, je commence a avoir les jambes bien lourdes, mais je ne suis pas blessé. En plus mes bâtons m’aident beaucoup. 22 bornes ce n’est pas la mort. Je vais terminer tranquillement et j’aurai mon t-shirt de finisher.

Soucieux en Jarest – Beaunant (13 km – 57 km)
Cette section est la plus longue. 13km. Heureusement que mon retour de forme est apparu à ce moment sinon je crois que j’aurai pété un plomb.
Le jour a commencé à se lever. Je crois que la lumière m’a définitivement sortit de mon sommeil. Le moral est revenu, les jambes aussi. Je me sens bien. J’en profite pour trottiner, en m’aidant des bâtons. Ca faisait un bon bout de temps que je n’avais pas doublé d’autres coureurs.
Le jour n’est pas le seul à se lever. Au passage dans les villages et habitations, les gens nous encouragent ça fait du bien. Cette avant dernière section est presque uniquement constituée de route. C’est à la fois dur pour les jambes mais aussi reposant car je n’ais a réfléchir sur mes appuis.
Je savoure à fond ce moment. Je coure, c’est bon. La nuit et cette longue course se terminent.
Le dernier ravitaillement est placé dans un garage. Je ne change pas mes habitudes : thé et saucisson ya que ça de vrai !! Je me pose un peu sur un muret. Je discute un peu avec un autre coureur. Je laisse un dernier message à Hélène pour lui dire que finalement c’est bon, je vais la terminer cette course.

Beaunant – Lyon (11 km – 68 km)
C’est le cœur léger que je repars de ce dernier ravitaillement. Je sais maintenant que je vais terminer cette course. Directement après le ravitaillement, nous attaquons par une côte très raide sur du bitume. La fameuse côte que tout le monde craint tant, par sa pente et par sa situation en fin de course. Finalement, je ne sais pas si c’est les bâtons, le cœur léger ou quoi d’autre, mais je n’ais pas trouvé cette dernière montée si terrible ça.
Par contre, une fois en haut, nous entamons une longue descente vers les quais. C’est un peu long, surtout la partie le long d’une grosse route, mais bon, je ne vais pas gâcher mon plaisir, je suis tellement content de venir à bout de cette course.
La dernière partie sur les quais est vraiment monotone. Je cours tant que je peux (donc peu). C’est marrant de croiser les joggers du dimanche matin avec leurs Ipod, alors que nous sortons d’une longue nuit blanche avec nos gore-tex, camelbacks et nos grolles pleines de boue.
Je savoure ces derniers instants, j’en profite pour passer un dernier coup de fil ému à Hélène en passant au panneau du dernier kilomètre avant l’arrivée.
9h34′, c’est le temps qu’il m’aura fallu pour effectuer la traversée de St Etienne vers Lyon de nuit. C’est aussi le temps que je réalise sur mon premier ultra trail, enfin c’est le temps que je réalise pour boucler ma distance la plus longue réalisée jusqu’ici en compétition de course à pied.

Pour conclure, je suis très content d’avoir terminé cette course car ce n’était pas très bien partit. Finalement, c’est toujours pareil. Il y a des moments difficiles, il faut s’accrocher car après on est bien content d’être resté en course, quelque soit le temps réalisé.
A peine deux jours après je me dis que j’aurais peut être pu courir un peu plus… Je n’ose même pas imaginer ce que je me serai dit si j’avais abandonné.

La Saintélyon fait résolument partie des courses mythiques. Il suffit d’être au départ pour le voir. Autant de coureurs c’est vraiment excellent.

Un mot sur l’organisation :
Malgré les critiques de certains coureurs, je trouve que l’organisation est bien ficelée. Je le répète, étant moi-même organisateur, je sais combien il est difficile de proposer une telle qualité d’accueil pour autant de coureurs.
Evidement, on peut regretter que sur certain ravitaillements il n’y ait pas assez de place pour se ravitailler correctement et dans de bonnes conditions. Mais ce que je retiens avant tout c’est la fluidité de cette grosse structure : tout est assez bien organisé pour que l‘on n’attende pas trop longtemps au retrait des dossards, au dépôt des sacs, pour récupérer les sacs…
Bref chapeau

Par contre je ne sais pas si les organisateurs vont continuer à accueillir chaque année plus de coureurs. Il me semble que cette année un certain seuil a été atteint.


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Article écrit le 16 décembre 2006 á 0:15 par benoit

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5 commentaires á “Saintélyon 2006”

  1. Vizcacha Dit :

    Beau récit, belle preuve de courage,
    Bravo

  2. Marion Dit :

    sympa le récit en effet, un sportif qui se découvre littéraire on aura tout vu !
    je savais meme pas que t’avais vu mon message avant la course…
    bravo en tout cas et rendez vous pris pour l’année prochaine, cette fois tu les auras tous ^^

  3. Pascal Dit :

    Super récit…j’en ai encore des frissons.

    J’y étais aussi l’année dernière…(météo toute pourrie) mais j’étais en relais DUO (6h30). Cette année, je pars en solo. Objectif : se faire plaisir.
    Ton récit fait un peu flipper mais je te rejoins sur un point “ne surtout pas abandonner” (sauf blessure). Après tu as beaucoup trop de regrets.

    Allez ! Plus que 5 semaines d’entrainements.

  4. Benoit Dit :

    >Pascal
    Merci. Faut pas stresser. C’est dur, c’est normal car c’est long, mais si on arrive reposé (ce qui n’était pas mon cas l’année dernière), ça doit bien se passer.
    Je ne pensais pas refaire la Saintélyon (trops de route), mais je me suis laissé tenter ;-)
    A dans 5 semaines !
    Il ne faut rien lacher et toujours aller au bout !

  5. RaidsAventure » Réussir la SaintéLyon Dit :

    […] Mon récit de course l’année dernière : très important d’arriver reposé le jour J ca… […]

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